Interview avec The Sheepest

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The Sheepest - Paris Metro - Street Art Paris

Un mouton dans le metro à Paris

Quel est ton parcours artistique, et qu’est ce qui t’as poussé à faire de l’art dans la rue ?

Ma carrière artistique est atypique. Je fais du skate depuis que je suis jeune, ce qui m’a donné une vision particulière de mon environnement urbain. Mon entourage a aussi eu un rôle déterminant. Je trainais avec des artistes graffiti et d’autres skateurs, qui, comme moi avaient une passion pour explorer les rues. Mon jeu favori est de m’adapter à mon environnement, pour trouver des spot de skate c’est comme trouver un bon spot pour y ajouter une oeuvre.

The Sheepest  - Krakow - Street Art ParisThe Sheepest fait en Europe de l’est.

Quelle est l’histoire derrière les têtes de moutons et quelle est la signification des jeux de mots parfois sous-entendus ?

En 2006, j’ai commencé à collé des moutons et je l’ai choisi pour ce qu’il représente, un animal connu pour être un suiveur, ce qui est semblable à la manière dont nous agissons en société. Le nom est un jeu de mot sur le superlatif « pas cher » (cheap), mais aussi un jeu de mot sur la conjugaison à la troisième personne du verbe être, « est ». « Pas cher » à cause des produits vulgaires et pas chers que nous achetons, qui façonnent nos vies.

The Sheepest est parfois noyé dans la masse, et parfois il est à l’écart du troupeau affirmant son identité. Après avoir collé quelques moutons à quatre pattes, j’ai trouvé une vieille publicité « Sheep » dans un magazine de skate, Big Brother skate magazine. Comme c’est une vue de profil, j’ai trouvé que ça s’adaptait mieux aux angles des murs, aux fenêtres, etc. Donc après un certain nombre d’années d’inactivité, j’ai décidé de changer les moutons. J’ai découvert plus tard que les créateurs de la marque avais été plutôt amusé par l’évolution des moutons.

Quand à la phrase « Je suis ceux que je suis. », j’utilise ces mots pour faire le parallèle entre « être » et « suivre », le concept de l’individu et du collectif ; l’affirmation de soi et de la liberté.

The Sheepest  -New York - Street Art Paris

Le mouton de New York.

Peux-tu nous expliquer le processus autour de la création d’un de tes moutons ?

Tout d’abord j’utilise un plotter A0, disponible à peu de frais dans une école locale, grâce à un ami proche. Ensuite je regarde la liste des spots que j’ai remarqué et en choisi un. Si je suis dans une autre ville je prends quelques affiches dans mes bagages avec mon pinceau à colle et ma colle et je regarde autour de moi pour identifier des spots que je pourrai utiliser. La phase d’identification est, pour moi, la plus importante et la plus excitante.

Mes critères sont la visibilité de l’emplacement, la hauteur, le lieu (un quartier commerçant, une vieille rue, un toit), comment cela va rendre in situ, et le défi personnel. La durabilité compte aussi : il ne faut pas pouvoir l’enlever facilement, donc le papier doit bien adhérer au mur et être protégé du temps.

L’étape finale consiste à photographier le mouton dans son environnement et de le mettre sur mon site afin d’avoir une trace de mon troupeau.

The Sheepest - Belleville - Street Art ParisThe Sheepest à Belleville, un quartier dans le 20ème arrondissement de Paris.The Sheepest  - Brixton, London - Street Art ParisTêtes de moutons à Brixton, Londres.

The Sheepest  - Brussels - Street Art Paris

Un jour, la mairie de Grenoble a ordonné que tous les murs de la ville soient nettoyés de toutes les œuvres street art et graffiti, excepté les têtes de moutons. Est-ce un conte de fée ? 

J’ai entendu cette histoire aussi, et je me suis renseigné mais c’est toujours un mystère. Disons qu’avec le temps, la ville a intégré mes moutons dans le paysage urbain. Ainsi, Grenoble et la municipalité autorisent les affiches non autorisées qui n’offensent personne. Aussi, il leur est difficile d’atteindre les oeuvres qui sont à plus de trois mètres de haut, ce qui a permis à beaucoup de graffiti d’être laissé pendant plusieurs années. Les travaux de bonne qualité sont parfois gardés. Le street artiste belge, Bonom, a visité Grenoble il y a près de 10 ans et ses bisons sont toujours là. Sur la rocade par exemple, ils ont commencé à effacer les graffiti, mais ils laissent mes moutons en paix.

The Sheepest - Las Vegas - Street Art ParisThe Sheepest colle à Las Vegas

The Sheepest - Belleville - Street Art ParisUn mouton sur la place Frehel, Belleville.

Tu as collé des moutons partout autour du monde. Quelles sont tes destinations les plus mémorables ?

Chaque nouvelle destination offre un nouveau défi, une nouvelle manière de s’adapter et d’être plus spontané qu’à Grenoble. C’est vraiment excitant de découvrir une nouvelle ville de cette manière. J’ai passé beaucoup de temps à Berlin. J’ai été surpris par l’intensité du mouvement street art et graffiti là bas. C’est pour cette raison que j’essayais de me démarquer du troupeau. Par exemple, quand j’ai trouvé une échelle dans une cour, cela a ouvert de nouvelle possibilités dans le choix des spots.

J’ai continué à travailler de cette manière tout le long de mon séjour. C’était assez fatiguant de porter cette échelle, particulièrement dans le métro. Elle était encombrante mais pratique.

Les autres destinations où je suis resté sont la Serbie, la Pologne et la Hongrie, où j’ai découvert des immeubles qui ont été bombardé, qui ont été reconstruit, mais qui portaient encore les cicatrices du communisme et de la guerre.

Quand tu visites un pays étranger, qu’est ce qui passe en premier, les vacances ou le mouton, et qu’est ce qui te motive à continuer cette campagne ?

Je suis un enthousiaste qui est essaie constamment de nourrir sa passion, donc quand je part en vacances, je m’arrange pour prendre des affiches avec moi, et le plus souvent ma destination de vacances est clairement orientée pour le mouton. Ce qui me motive après toutes ces années c’est le défi personnel de trouver, accéder aux endroits inhabituels – un toit, un mur, un pont. Adapter le mouton à l’environnement urbain est un jeu sans fin.   The Sheepest - budapest - Street Art Paris

Mouton de toilette.

Quelle direction prendra ton moutonà l’avenir, ou as-tu d’autre campagnes prévues que tu veux partager avec nous ?

Je souhaite que les gens réagissent à leur manière sur le sens de ma démarche sans que j’ai à les diriger. En parallèle je travaille avec des institutions culturelles et éducatives principalement autour d’une “chasse au trésor de mouton”. Sinon, j’ai toujours l’intention d’élargir mon troupeau et de développer d’autre techniques comme le pochoir.

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