Un projet de fresque murale d’envergure avec Jean Moderne (RCF1), 2Shy et Honet.

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Se rendre à la station Stade de France, c’est comme marcher dans un monde virtuel de nouveaux projets d’implantations courageusement et nouvellement réaménagés par quelques architectes. C’est à peu près la même chose que le Stratford post-olympique et sans aucun doute que d’autres agglomérations régénérés, dans lequel le paysage de l’ancienne industrie a été éliminé pour faire place aux stades et aux blocs de bureaux géométriques. Quelques rues adjacentes plus tard et le grain urbain devient plus sordide. Des tas de ferrailles et des pièces de scooter brûlées prennent le parti de ces espaces oubliés, inattendus, qui englobent la part « psycho » de l’obsession psycho-géographique d’Iain Sinclair. Par conséquent, l’émergence soudaine d’un droit et long mur, pétillant de par ses plans dimensionnels déformés et ses couleurs s’apparente d’autant plus à une explosion de sorbet sur nos papilles gustatives visuelles. Il s’agit d’une nouvelle peinture murale de 100m qui borde un depot de matériaux de construction, qui est lui-même réduit par le dépassement gargantuesque du périphérique, marchant en tête comme un ensemble de la Guerre des mondes. C’est dans cet environnement que trois des vétérans les plus accomplis du graffiti, ont récemment collaboré sur une nouvelle commande du groupe de matériaux de construction, SPL et de la mairie locale. Ce n’est pas le plus attendu des partenariats, mais au cours de notre conversation, il est clair que la régénération des zones comme celles-ci, qui rappelle Williamsburg à New York ou Hackney Wick à Londres, montre maintenant qu’il y a une demande croissante pour les formes d’art urbain. Art qui est devenu un baume établi pour les espaces post-industriels et amnésiques.

Trois artistes les plus distingués, chacun affichant un talent et un univers distinctif, mais chacun restant peu affecté, donnent leur point de vue sur leur travail et leur culture du graff. Ils partagent leurs histoires, intégrées à la rue. Jean Moderne, Honet et 2Shy discutent du travail et de l’inspiration, et pourquoi Street Art est un mot sale.

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RCF1

Peux-tu dire quelque chose à propos de l’engouement que le “Street art” a trouvé ces dernières années ?

Je me sens affecté par cette dynamique aussi longtemps que je reste underground, dans un sens. Je suis désolé d’avoir à le dire mais si tu parles à plusieurs jeunes graffeurs, ils savent qui je suis. C’est un peu prétentieux de le dire, mais j’ai vécu assez longtemps pour l’expérimenter. “Oh, tu es le mec qui a fait ça, wahou, RCF, je me rappelle de ce camion que tu as peint. Tu étais Pogo, ah ces trains, c’est RCF1 écrivant sur des trains… j’adore ce style… blablabla” Et puis dans le marché de l’art “Qui êtes-vous déjà, RCP ? Non ? Euh, quel est votre nom ? Ah, oui, vous faites du Street art… Um, êtes-vous connu ? Qui êtes-vous ?” (Rires). Bien, je n’ai pas sauté dans le bon wagon – Je n’ai pas couru assez vite (Rires).

Est-ce que l’écriture a été une obsession pour toi ?

Cela n’a pas à être une obligation and quelques fois j’ai arrêté de peindre dans la rue. Pendant 2 ans, je pense que c’est fini et puis j’y reviens pour certaines raisons, comme être un peu déprimé ou autres, “Ok, allons repeindre des trains, au moins personne ne peut voler ça de moi”. C’est mon truc, je peux faire ce que je veux, car j’ai quelques fois eu de mauvaises expériences avec le marché de l’art and dans le monde de l’art, il te traite comme de la merde, vraiment. Et leur “Ok, allons taper un train”. Je peux écrire ce que je veux, de la manière que je veux et ce n’a pas à être pertinent, c’est juste beaucoup d’énergie, purement sexuelle, vraiment.

Hall of fame parisian graffiti - interview Honet, Jean Moderne RCF1 graffiti street art wall aubervilliers - street art paris

Comment en es-tu arrivé à l’art du graffiti ?

Je pense que mon parcours est relatif à la recherche d’un équilibre dans ma double personnalité car, je suis vraiment un peintre depuis l’enfance. J’aime peindre, j’aime dessiner et cela me prend du temps de trouver un moyen particulier de l’exprimer. Pour ma génération, peindre n’était pas très populaire. Je veux dire, l’art contemporain prenait le dessus. Quand j’étais un étudiant en art, l’art contemporain était tout ce qui comptait, vraiment. Les peintres appartenaient au siècle dernier. Tu pouvais faire des illustrations, tu pouvais travailler pour une agence de publicité, peut-être que tu pouvais considérer l’illustration par ordinateur, mais la peinture, vraiment, aucune galerie ne veut de la peinture. Ainsi, je crois que le graffiti apparaissait dans un sens comme la dernière option “Hé, on aime peindre, on aime apprécie toujours la peinture, vous, foutus intellectuels, nous avez dit “la peinture est morte, le beau est mort, c’est la fin de l’histoire et c’est aussi la fin de l’histoire de l’art””. J’ai entendu ces phrases de certains professeurs très réputés à l’université. C’était juste de la peinture réjouissante, ok, c’est une chose égoïste. Je n’ai jamais considéré que je faisais l’histoire. Di coup, je pense que le graffiti avait un côté drôle, pas de double personnalité mais peut être comme les deux faces d’une pièce de monnaie.

Le graffiti est une pratique. C’est nihiliste, égoïste, destructeur pour moi. Comme “mon style est meilleur que le tien, j’écris mon nom dans toute la ville, plus que toi. Je défie tout le monde dans ce jeu du graffiti”. C’est un jeu, nous sommes en train de parler du jeu du graffiti, c’est fun. Et ce que le reste du monde pense on s’en fou vraiment”. Mais tu retournes la pièce et je suis profondément un peintre et j’étais vraiment intéressé par les études d’art, pendant un long moment je n’ai pas considéré que les deux côtés étaient compatibles. Le graffiti ne concerne pas ce que tu pas mais la manière dont tu le fais, la manière dont tu le vis, la manière dont tu l’expérimentes, la manière dont tu défis les autorités, dont tu défis les autres graffeurs. Bien sûr, il y a un travail artistique, aussi longtemps que tu pratiques de nouveaux styles, que tu essayes de créer de nouvelles lettres et que ton tag soit capturant ou non, lisible ou non, ce sont des décisions différentes. Alors oui, il y a un processus artistique mais c’est une pratique, c’est vraiment à propos du nombre de train que tu as peint – ça ne va pas te donner ton ticket d’entrée pour une expo. Tu as peint un train, c’est tout. Tu t’es amusé en le faisant.

Est-ce que tu prends en compte le public dans ton travail ?

Je le fais juste, que les gens le ressentent ou non. Mais je peux te dire, cela fait maintenant quelques années, après avoir utilisé des couleurs formidables, j’ai décidé petit à petit d’en rester aux couleurs primaires. Les gens me disent “Oh, c’est un truc à la Mondrian”, comment oui, pourquoi pas, moins c’est plus. C’est plus une influence du design du milieu du siècle. Mais à côté, je lis le tarot, le tarot de Marseille. C’est plus comme si l’imagerie était rodée au fond de moi. Du coup, je ne vais pas peindre une carte de tarot, ça n’a pas de sens, ça existe déjà, mais la plus part de mes œuvres sont influencées par ça. Ce n’est pas visible mais, c’est ça concerne l’invisible enfaite.

Quel est ton processus de travail, y-a-t-il un medium plus important pour toi ?

En essayant d’aller plus loin, chaque fois que je peins, j’essaye de faire quelque chose de nouveau, pas de bien le faire, mais de faire quelque chose de nouveau pour moi, pour me défier moi-même. Je ressens toujours ce tunnel. Je suis profondément quelqu’un qui est reconnaissant d’être en vie et pour cette culture avant moi – ce que je les gens ont créé, m’ont touché, mon influence, ont touché mes émotions. Je ne peindrais pas quelque chose, de, tu sais, Jack Kirby, l’artiste qui a fait les bandes dessinées des 4 fantastiques, j’en suis un énorme fan, comme beaucoup de gens, mais quelques fois si j’utilise quelque chose pour lequel je suis vraiment reconnaissant” merci Jack, Merci pour ce que tu as fait, tu as eu une telle influence sur moi”.

Disons que ma peinture est inspirée par le graffiti et mon graffiti est inspire par la peinture et pas la culture de l’art. Mais je les considère toujours comme deux planètes différentes, je ne sais pas lequel est la planète, lequel est le satellite. Disons que le graffiti est la terre et la peinture la lune, ou le contraire, je ne sais pas !

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Honet, Jean Moderne RCF1 graffiti street art wall aubervilliers SPL - street art paris

Stade de france graffiti - jean moderne RCF1, Honet, 2Shy - graffiti street art wall aubervilliers - street art paris

Quelle est la relation entre la peinture et le graffiti ?

Je pense que la relation entre les deux et plus quelque chose de technique à la fin de la journée. J’ai quelques habitudes de techniques visuelles, hérités du graffiti que je le veuille ou non, vont s’appliquer sur la toile. Quels sont les gestes – je veux dire faire du graffiti très rapidement, la nuit, avoir peur d’être attrapé, tu apprends à trouver des solutions avant que les flics arrivent, avant que la sécurité t’attrape. Tu dois trouver des solutions immédiatement et sur le moment : “oh, cette cannette est finalement vide, ah, je voulais faire cette ligne bleue, qu’est-ce que tu as ? Du rouge, ok ça va le faire”. Tu ne te poses pas de questions, tu le fais. Je crois que ce mode de fonctionnement, cette manière de s’adapter, a vraiment été présente dans mon travail sur la toile. Comme, ne pas se demander à soi-même trop de question quand je pratique. Je me pose des questions avant de peindre, est-ce que ça a un sens ? Est-ce que c’est pertinent. Ensuite la technique vient de graffiti – être spontané.

As-tu un objectif dans ton travail ?

La manière dont j’ai commencé à faire du graffiti, c’est seulement pour m’amuser. Je ne l’ai jamais commencé avec un plan de carrière dans ma tête. Cela a toujours été à propos de s’amuser et cette importance de désir. Je ne dirais pas que je fais des commandes pour l’argent, je veux dire, bien sûr que l’argent importe, mais je m’amuse en le faisant – plusieurs murs et je suis content. Je recommande, que le plus libre je suis, le mieux c’est, mais prends-le juste comme un jeu.

Et qu’en est-il de tes influences?

De la culture Mod bien sûr, tu avais à rencontrer des skinheads, des punks, des rockers, peu importe, j’avais déjà une vue des tatouages sur les parkas. Ça avait à voir avec la culture populaire. C’est vraiment marrant. J’adore les portraits des artistes du 19ème siècle. C’est drôle de dire que ça fait partie de mes origines. De l’autre côté, les marquages industriels sur les flippers des années 70 importaient tout autant que Gainsborough, aussi influençable. C’était à propos de la culture pop, je ne parle pas du pop art comme un mouvement mais de la pop culture vraiment. Des codes de rues – des chaussures que tu portes, de ce costume, de ce scooter et autres, et des pochettes de vinyles. Il y avait une vraie influence sur moi. Je veux dire, l’histoire du graffiti, l’écriture renvoi à concevoir tes lettres, et rien d’autres ne pouvait être mieux. Je veux dire, plus tard j’ai dû interviewé quelques pionniers des artistes graffeurs américains. Ils ont tous admis que Rick Griffin, qui a conçu the Grateful Dead dans les années 70, a eu une influence massive sur la plupart d’entre eux. Ce qui est contre la culture pop plus que tout est la peinture classique et ils en étaient fous ! Comme moi.

La culture Mod est évidemment importante pour toi, peux-tu en parler ?

Je suis devenu Mod à la moitié des années quatre-vingt. C’était énorme en Angleterre et c’est arrivé à Paris aussi. Cette renaissance des Mods, pour plusieurs raisons s’est immédiatement connecté, par la musique pop principalement – la musique, les scooters. Dans un sens, prétendre vivre dans les années soixante, c’était ma manière d’être punk, d’avoir ma propre attitude punk, du style « Nous n’aimons pas ce monde, en tant qu’adolescent, je n’aime pas la technologie moderne, c’est trop effrayant – faisons comme si nous vivions dans les années soixante. Allez-vous faire foutre les vieux ! Nous n’aimons pas ce que vous avez construit, revenons au début de la scène underground de Soho, en écoutant de la musique noire. Peu de gens ont compris le mouvement Mod, l’attitude de prétendre que tout va bien. Tu connais cette célèbre devise « living clean under difficult circumstances». Vous vivez dans un trou à rat, ton travail craint, mais ton scooter est toujours aussi étincelant et tu as la plus belle tenue de la ville. Pour moi, cela a été plus punk que n’importe quoi – une jeunesse arrogante et prétentieuse, comme “ha, tu ne poux pas me toucher, tu n’y changeras rien”. Mais pour être honnête après quelque temps au sein de la scène de mod, il s’agissait de nostalgie. J’étais tellement impatient de nouvelles formes d’art, de musique et de peintures. D’une certaine manière, j’étais plus mod que la plupart des nouveaux mods – je voulais vivre les années soixante dans ma vie quotidienne. Qu’est-ce qu’un jeune homme de Soho dans les années 60 ferait-il ? Essayez de trouver le prochain artiste, essayez de trouver la prochaine tendance artistique. Donc, au milieu des années 80, ça allait, J’ai découvert Futura2000 dans un magazine. C’était genre “Wow ! C’est ma génération ! C’est nouveau.” Vous me direz, c’est du Hip Hop, mais j’adore. Alors, allons dans cette direction, je veux dire ça reste lié à la musique. Beaucoup de Mods se sont tournés vers le hip-hop, je veux parler de la musique noire, du rythme, de musique pour danser. Parce que, quand j’avais environ 20-22 ans, en allant voir des chanteurs de 50 ans de Motown – c’était tellement cher d’abord, alors on allait voir les personnes de mon âge avec un nouveau rythme. KRS1, Tribe Call Out Quest. C’était vraiment important, et d’une certaine manière ça sonnait encore Mod pour moi. Une tenue différente, une musique différente, mais finalement pas si différente à la fin de la journée – la même attitude.

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Et qu’en est-il de la nature underground de votre travail ?

Quand on parle de la rue, c’est marrant, car à la fin de la journée j’ai découvert le graffiti le long des voies, sur les trains, ce qui n’est pas de l’art de rue. Ça ne se passe pas dans la rue, tu dois marcher le long des voies, ce qui est illégal, dangereux également. Tu veux une photo de jour ? Les trains sont en services, donc tu dois te frayer ton propre chemin à travers les voies pour trouver ce mur, parce que ce que tu vois de la fenêtre est juste un aperçu et tu dois avoir ton propre appareil photo de bonne qualité pour prend une photo décente, car évidemment tu passes beaucoup trop vite en face de la pièce. Quand tu as pris la photo, tu ne la partages pas, cette foutu photo, si tu en veux une, tu dois aller là-bas. “Oh, je fais un fanzine, tu pourrais me filer quelques photos ?” “Y’a pas moyen, t’as qu’à trouver comment y aller”. Ce n’est pas pour tout le monde, c’est une culture underground, vraiment. Et ensuite tu peins des trains, et personne ne sait quand ils seront mis en service, tu peins la plupart la nuit, et ils vont droits au nettoyage ou parfois, ils ne roulent pas du tout. Ils nettoient là où tu ou tu as peint, du coup ce que tu as en photo c’est une réflexion du flash sur la peinture humide, sans distance. “Genre, ok, c’était ma meilleure pièce mais tout ce que j’ai c’est une photo pourrie”. Il n’y a pas moyen que je te donne cette photo – c’est tellement difficile à avoir”. Je pense que c’est ce qui en a fait quelque chose de totalement underground en comparaison avec tout ce qui est peint dans la rue, exposé dans une galerie tendance, ou immédiatement posté sur Instagram. Je suis désolé, mais je pense que c’est vraiment ennuyeux. Je comprends l’intention, mais il n’y a pas de mystère, rien qui m’attire, pas de secret.  Je vois l’intention et c’est évident. Tu veux être connu, tu veux être le prochain gros truc. Interrogeant la société, comme, “oh, est-ce que tu vas faire des panneaux Mac Donald à nouveau ou est-ce que tu vas faire un panneau de marque de luxe comme Chanel ?” Tout en prétendant que cela va interroger la société. “Va te faire foutre, il n’y a pas de tension, il n’y a pas de mystère”. C’est vulgaire.

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Honet

Commençons avec cette commande en premier. Est-ce que l’espace dans lequel tu travailles est important pour ton travail ?

L’emplacement est un peu particulier, car nous sommes au bord du canal. Le canal dans paris, dans les 10-15 dernières années, est devenu vraiment important. Enfaite, avant que quelqu’un remarque vraiment qu’on ait ce canal, cela est devenu un lieu où nous allions pratiquement chaque nuit pour boire et pique-niquer. Spécialement sur cette partie, cela est devenu un temple de la célébrité puisque c’est plein de murs, et que ces murs étaient vides, les gens ont commencé à peindre ici, and puis les gens ont commencé à venir courir ou se promener sur les quais car ils ont réalisé que c’était un endroit cool et calme. Beaucoup de gens qui aime graffer viennent ici. Nous sommes en ville mais on dirait qu’on est à la campagne. C’est une autre approche pour faire du graffiti urbain. Les entreprises environnantes ont remarqué qu’il y avait de plus en plus de graffitis un peu partout et ces usines ont demandé à avoir leur propre graffiti sur leur façade. Ainsi, étape par étape, tout au long du canal, la peinture a commencé à être un peu partout. Nous nous sommes connectés au canal dans un sens large, aux ouvriers, au sens large et juste y intégrer le logo de l’entreprise. Pour nous tout était plutôt ok car nous aimons le canal et il nous a été facile de connecter nos idées sur ce projet.

Comment la collaboration s’est effectuée et quelles ont été vos différentes approches ?  

On se connait depuis longtemps et connait le style de chacun et nous sommes vraiment habitué à peindre avec d’autres graffeurs. C’est facile de venir ensemble et de faire quelque chose, nous n’avons pas à nous organiser plus que ça, on connait déjà le rythme dans nos têtes. Dans le graffiti, depuis le début, les gens aiment organiser des choses un peu trop. Ils aiment penser au concept, et voir si tout fonctionne ensemble. Depuis toujours nous aimons faire le contraire, nous préférons nous pousser tous ensemble à être individuel et faire les choses à la vieille école, mais de manière assez intelligente pour trouver un moyen de les lier. Et ça marche, cela a été un long moment de pratique mais à la fin, le résultat est plus intelligent puisqu’il est plus varié, c’est une autre approche de ce même vieux truc du graffiti.

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Comment tu définis ton travail ?  

Pour moi, je considère que je fais du graffiti et puis à côté, je fais des illustrations. Après, ça part un peu dans toutes les directions. Je n’ai pas de limites, je n’aime pas mettre des noms sur les choses, car parfois, je ne pense pas qu’il y ait de noms vraiment adapté. Mais pour sure, je n’aime pas le mot Street art, car je pense que cela a été inventé par les médias pour parler du graffiti. De mon point de vue, j’ai commencé à faire du graffiti et je fais toujours du graffiti, même si je fais un grand mur ou même si je fais des personnages, ou si je fais une exposition, c’est toujours du graffiti.

Quelle est ta définition du graffiti ?

C’est quelque chose que l’on crée, tous ensemble. Nous n’avons pas besoin d’une définition claire. Chacun a sa propre définition, ce n’est pas quelque chose que les gens comprennent vraiment, et nous sommes tous diffèrent. Nous ne voulons pas les mêmes choses, nous n’utilisons pas le même support, nous n’avons pas me même univers, nous ne parlons pas des même choses. Le graffiti ce n’est pas que de la peinture sur les murs. Le graffiti c’est toute ta vie, la manière dont tu penses, la manière dont tu te comportes, la manière dont tu mets toute ton énergie pour créer et transmettre ce que tu sais à la jeune génération. Je me suis investi dans le graffiti mais j’investie également le graffiti comme un mouvement global, comme quelque chose de fort, quelque chose de puissant, nouveau et créatif.

Y-a-t-il un but dans ton travail ?

C’est plus compliqué. Je n’ai pas de message politique, la plupart du temps, je n’aime même pas le résultat de ce que je fais. Parfois, les gens viennent et te dise, j’aime beaucoup votre travail, et pour l’égo, c’est quelque chose de vraiment important, mais absolument pas mon but principal. Je le fais plus pour l’adrénaline et faire quelque chose de ma vie seulement pas passion. Personne ne me force à faire quoi que ce soit, si je veux faire quelque chose d’illégal ou de légal, c’est mon choix. La plupart du temps, quand je rencontre quelqu’un dont j’aime beaucoup le travail, quand je les rencontre, je suis déçu, car beaucoup de personne ont un très bon style ou une bonne technique mais n’ont rien de spécial à dire. Mais beaucoup de gens font des choses complément folles et quand tu parles avec eux, ils ont une approche vraiment originale et inhabituelle de la vie et de l’art, et de tout. Et c’est ce que j’aime vraiment. Si tu as 100 graffeurs, tu trouveras 100 000 façons de pensée. Quelques graffeurs, leur vie est un total bordel, mais quand ils vont dans la rue, tout est sous control et leur graffiti, est, wahou, c’est magnifique. C’est ce qui est intéressant également. 

As-tu un alter ego dans ton travail ?  

Plusieurs personnes arrivent à faire du graffiti parce qu’ils ont des problèmes dans leur vie, pour trouver ce qu’ils sont, pour réfléchir à ce qu’ils devront faire comme travail pour les 50 prochaines années, et faire un enfant et ils veulent vivre cette vie, mais si ils ne sont pas sur si ils sont capables de le faire. Mais quand tu fais du graffiti tu peux prendre un marqueur et tu peux être quelqu’un d’autres et tu peux faire les choses que tu as décidé de faire.  Quand tu fais ça, tu te sens vraiment comme si tu étais maitre de toi même, ton propre chef ; tu es celui qui contrôle la situation, et même la police ne peut t’arrêter car tu es plus intelligent qu’eux, et même la justice, personne ne peut t’arrêter. Tu ne demandes jamais la permission à qui que ce soit and tous les retours positives tu les as directement. C’est vraiment une manière intéressante d’exister. C’est pourquoi les gens commencent à faire du graffiti et ne s’arrête jamais. Ok, c’est important d’avoir un vrai travail, d’avoir de l’argent et tout ça mais la fin, la seule chose vraiment excitante dans leur vie est le graffiti.

Est-ce que tu penses qu’il y a un élément de contrôle de la part des médias ?

C’est la même chose partout, que ce soit la musique ou l’art, les gens aiment avoir des étiquettes qu’ils peuvent mettre sur les gens et ainsi contrôler la chose. Spécialement maintenant avec tout ce truc du “street art” car il y a beaucoup de gens qui veulent faire de l’argent et ils viennent de l’extérieur pour faire leur business. Bien sûr, c’est difficile, car nous sommes tous un peu anarchiste dans la manière dont nous le faisons, parce que nous n’avons pas de règles spécifiques, nous connaissons nous même ce que nous voulons et où nous voulons aller, du coup c’est difficile de comprendre pourquoi nous faisons cela. Mais c’est une opinion et peut être que le prochain aura un avis totalement diffèrent.

Parlons un peu plus de ton style personnel et de tes influences. Qu’est-ce que représente ton travail ?

Je fais principalement des personnages, j’aime l’individualité, les marques, j’aime créer une vie secrète dans l’environnement urbain. Changer de visage, de personnalité, changer la manière de regarder. C’est comme une collection de personnes différentes, certains peuvent être connus, des musiciens ou de la scène underground. Ce sont tous des personnages que j’ai rencontrés dans ma vie. Ils ont tous participé à me construire, ils ont fait mon univers, ont influence ma manière de penser. Certains sont des autoportraits mais c’est autres sont issus d’autres cercles de vie. Tous les cercles, ils m’ont construit donc j’aime bien les recréer dans mon style. 

Y-a-t-il une relation entre ton art et le monde antique. La figure d’Anubis me vient à l’esprit.

Mon travail est vraiment connecté à l’environnement urbain. Je voyage beaucoup et je vois beaucoup de lieux. Je vis à paris, une ville vraiment très ancienne et j’aime penser à ça, à comment certaines parties évoluent dans la ville et il y a souvent des traces de choses qui n’existent plus. Ces traces sont vraiment très importantes. Nous avons les catacombes à Paris avec certains des premiers graffitis en ville sont toujours là, c’est vraiment unique car quand tu peux y voir un graffiti du début des années 80 et à côté des graffitis qui sont là depuis le 18ème ou 17ème siècle. J’aime beaucoup faire le lien entre le présents et les choses qui sont arrivés avant, comme le graffiti des grottes préhistoriques. Ce n’est pas nouveau c’est cool de penser que tu n’es pas le premier, que tu n’es pas tout seul, que tu es juste quelqu’un dans l’histoire avec un grand H. J’aime beaucoup cette idée. D’un petit garçon à un graffeur ; j’aime les choses secrètes, mystérieuses, ésotériques. J’aime regarder à travers un trou pour voir que ce les gens vont derrière la porte. Je crois, que maintenant que je fais du graffiti, je suis de l’autre côté de la porte. Les gens peuvent regarder à travers ce trou de serrure, mais maintenant c’est moi qui suit de l’autre côté. J’ai été initié aux secrets de paris. Anubis et tous les égyptiens ont beaucoup de secret et il y a beaucoup de messages que personne ne comprend. C’est quelque chose qui est connecté au graffiti car beaucoup de gens peuvent prétendre nous connaitre, comprendre ce qu’est le street art, mais à la fin, ils ne nous connaissent pas. Jusqu’à ce qu’ils viennent et peignent sur la voie, ils ne peuvent comprendre tous ces sentiments, toute cette pression, cette atmosphère, du coup c’est toujours très obscur, encore maintenant.

Honet, Jean Moderne RCF1 graffiti street art wall aubervilliers escher style graffiti - street art paris

2SHY

Quelle est ton approche de cette commande ?

Mon style dépend du job que je fais, parfois je fais des personnages pour enfants ou parfois je fais des formes géométriques. Pour celle-ci, j’ai choisi des formes géométriques parce que ça marchait bien pour une entreprise de recyclage et les personnages de Cédric (Honet), ils sont plus sérieux. Ma première idée était de faire quelque chose de moins sérieux, mais cette fois je fais l’arrière-plan, Cédric fait les personnages et Jean fait le bateau et le tracteur. Quand les gens font des choses et que le mur est vraiment long, on fait une maquette, mais les proportions ne sont pas évidentes, alors parfois nous devons improviser mais à la fin ça marche. C’est bien d’avoir quelque chose de plus spontané, non fixe.

Qu’est-ce que tu ressens en tant que graffeur quand tu montes une nouvelle pièce ?

Nous ne savons jamais vraiment ce qui arrive. C’est toujours la même chose. Parfois tu vas dans la rue et tu fais quelques tags, parfois un flop et la police… ou peut-être un voisin, ou parfois la bombe aérosol te fais un overkill et tu n’as pas assez de peinture pour finir… Mais maintenant, nous savons, ce n’est jamais vraiment la même situation. Parfois je suis dans la rue, et je vois des gars y faire des tags et je me joins à eux, parfois la police arrive et je ne peux pas finir. C’est toujours la roulette russe.

Interview street artist graffiti writer Honet, Jean Moderne RCF1 graffiti street art wall aubervilliers stade de france - street art paris

Est-ce que l’incertitude qui règne dans la rue te rend dans un sens plus créatif ?

J’aime travailler sur le moment, à partir de la situation et parfois je n’ai rien prévu – je rencontre un pote avec un sac rempli de peinture et je porte des belles fringues et il me dit vas-y viens on va faire quelques choses. C’est pour ça que mes vêtements sont toujours pourries. Certaines personnes diraient, non je ne vais pas peindre, mais je suis assez fort. Je ne peux pas arrêter de savoir ce que je vais trouver et ce qui va arriver. Allons-y, essayons !  Il y cinq ou six ans, j’étais à la maison, c’était un dimanche, à 5h, et deux amis sont venus chez moi et m’ont dit “viens on va boire un verre”. Après 4 ou 5 bières, on commençait à être un peu alcoolisé et on se dit “venez on va tagger un peu”. Je retourne chez moi pour chopper quelques bombes, et on se retrouve vers Gare du Nord, La Chapelle. J’escalade le premier étage d’un bâtiment, je fais quelques tags et là, quelqu’un ouvre sa fenêtre et essaye de m’attraper. Je suis tombé et me suis cassé les deux jambes. Parfois tu gagnes, et parfois tu perds, mais généralement je gagne. Cette fois-là, j’ai perdu et j’ai passé 4 mois à l’hôpital. En l’occurrence ici le graffiti à gagner et j’ai perdu. Parfois avec l’âge, tu connais les conséquences, tu sais quoi faire et comment le faire, mais il se peut qu’un facteur change et tu perds.

C’est vraiment un engagement fort envers le graffiti que de continuer à faire de l’art. Est-ce un besoin de servir ?

Quand j’étais à l’hôpital, c’était impossible de sortir. Si je voulais sortir avec un ami, il devait venir me prendre. Il y avait un mur, un mur à graffiti, pas très loin de l’hôpital et j’y ai fait pas loin de 10 graffitis dans ma chaise roulante. Je faisais mon truc car j’en avais besoin. Beaucoup de gens après un accident diraient qu’ils ne toucheraient plus jamais à une bombe aérosol. J’ai essayé d’arrêter il y a 10 ans ; j’ai arrêté pendant 1 an et puis j’y suis retourné. Tous mes amis font du graffiti, j’ai beaucoup d’amis à travers l’Europe qui graffent et ils me disent “Hey, je viens à Paris, j’espérais qu’on pourrait aller graffer” et je réponds toujours “ Ouais, ça marche”. Parfois, j’ai dû travailler, mais je n’y suis pas allé, je suis allé avec mes amis. Je suis graphiste et je dois vraiment travailler, mais mon addiction au graffiti me rattrape. Je n’en suis pas heureux, j’essaye d’être plus sérieux. Très souvent j’essaye de remettre un peu d’ordre dans ma vie, et je me dis, “Allez, tu dois gagner ta vie”, mais le graffiti gagne toujours (rires).

Quelle influence à la musique pour toi ?

Je ne suis pas un musicien, je n’ai vraiment pas l’oreille musicale. Mais j’ai vécu pendant deux ans à Liège car j’ai dû déménager de Paris à cause du graffiti. J’y ai rencontré deux gars grâce au graffiti. Et puis on a commencé à organiser des fêtes, et après deux ans, j’ai dû participer à 200 fêtes, à travers toutes l’Europe. A cette époque, j’ai pensé faire carrière dans l’organisation d’événements musicaux, mais le graffiti m’a rattrapé, à nouveau.

Te sens-tu appartenir à une sous culture qui s’exprime à la fois dans la musique et graffiti ?

Le graffiti m’a apporté beaucoup de choses, de mauvaises choses, mais pour moi c’était 5% négatif et 95% positif. Avec le graffiti j’ai voyagé à travers toute l’Europe et maintenant dans le monde entier, et je rencontre beaucoup de gens avec qui je suis devenu ami. Cela m’a ouvert l’esprit. Je suis un enfant de la banlieue, pas du ghetto, mais de la banlieue française. Je n’étais pas aveugle mais j’avais des œillères. Quand tu rencontres des gens d’origines et de cultures différentes – chaque pays à son propre style. J’étais en Suède en 2000 ou 1999, et je faisais des “back jump”. C’est quand le métro ou le train arrive sur le quai à la fin de la ligne et repars dans l’autre sens. Tu passes entre les voitures, entre le mur et le métro et tu peins. Tu as peut-être 5, 6 ou 9 minutes. C’est très rapide et complètement fou car quand tu peins les gens entre dans les voitures, tout le monde te regarde peindre. C’était vraiment très étrange et vraiment nouveau pour moi.  En Scandinavie, tu peins seulement de cette manière. C’est très strict et sécurisé, du coup le « back jump » et le meilleur moyen de peindre. En Espagne, tu peins la nuit, dans chaque cours, les gens chantent et dansent. Quand tu mélanges le tout, de chaque pays, tu es plus fort. Cela m’a beaucoup aidé dans ma vie. Quand tu dois attendre toute la nuit, en te cachant dans le froid, tu apprends à te connaitre toi-même, tu apprends à connaitre tes limites.

Honet, Jean Moderne RCF1 graffiti street art wall aubervilliers stade de france - street art paris

La régénération du canal s’est en partie effectuée grâce aux street artistes. Est-ce que le graffiti a le pouvoir de changer le monde ?

Street art, non, mais le graffiti, oui (rires). Quand Cédric (Honet) et Jean-François (RCF1) étaient jeunes, il y avait peut-être 100 graffeurs, quand j’étais jeune, il y en avait peut-être 500, maintenant il y a en 5000. C’est complètement dingue. Chaque jeune veut faire du graffiti, c’est quelque chose à la mode. Je ne sais pas vraiment où je vais, mais je prends du plaisir. Je ne veux pas savoir, si je n’étais pas heureux, j’arrêterais. Si je m’amuse, fais de l’argent et voyage, je suis heureux.

Visiter les artistes en ligne, comme suit : Jean Moderne/RCF12ShyHonet

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